Call-Out & Cancel Culture !

October 21, 2019

 

 

Le pavé dans la mare ... tellement ce sujet est vaste ainsi que les branches et les manières de l'interpréter sont multiples !

 

J'essaie, pour ma part, d'être la plus transparente possible tout en restant consciente que le fait de publier un article sur le call-out et la cancel culture ne fera pas que cela change du jour au lendemain et que je suis moi-même concernée de près ou de loin par cette pratique.

 

Je suis également disponible pour discuter en marge de cet article et partager nos expériences communes.

 

Cet été, tout a fait par hasard, je suis tombée sur l'article publié dans le New-York Times par Loretta J Ross en août dernier (Loretta Ross est une activiste et elle est l'autrice du livre “Calling In the Calling Out Culture : Detoxing Our Movement”), dans lequel elle explique pourquoi elle pense que le call-out est néfaste voire inutile et ce même dans une démarche militante et qu'il existerait d'autres moyens de régler les problèmes entre individus.

 

Tout d'abord qu'est ce que le CALL - OUT : Le call-out est une forme de honte publique visant à tenir les individus et les groupes responsables de leurs actes, en attirant l'attention sur des comportements perçus comme problématiques, généralement sur les réseaux sociaux.

 

Le call-out connait des dérives telles que : le fait également par une personne ou un groupe d'harceler, calomnier, dénoncer une personne ou un groupe publiquement en ayant recours au harcèlement en ligne groupé et répété, en diffusant de fausses informations, en diffamant, en violant la vie privée  en par exemple diffusant des données personnelles et intimes et en ayant recours à l'intimidation qu'elle soit par des menaces physiques, écrites ou orales.

 

La « cancel culture » consiste à faire en sorte qu'une personne soit discréditée publiquement, par un effet de masse généré par des actions individuelles et de groupe. 

La force de la cancel culture est caractérisée par son ampleur, cela ne fonctionne que s’il y a de nombreuses personnes impliquées et qui diffusent.

Cela mène parfois au harcèlement

 

Je n'étais pas très familière du call-out avant d'être beaucoup plus active et visible sur les réseaux sociaux.

La pratique du call-out s'est vulgarisée avec l'émergence des réseaux sociaux si bien qu'il est devenu presque anodin d'assister à des dénonciations publiques et numériques.

 

Le call-out se rapproche d'une pratique que l'on connait presque tout.e.s : le harcèlement scolaire dont on a pu être témoin durant notre scolarité.

Pour ma part, j'ai pu observer le fait qu'une ou des personnes s'acharnaient sur un ou des autres pour des raisons le plus souvent fallacieuses.

Ce que j'ai pu constater, c'est que la force du groupe fait souvent la loi et l'unanimité.

Ce que j'ai pu constater, c'est que c'est la loi du silence qui sévit et c'est la raison pour laquelle les harceleur.se.s peuvent agir si longtemps et impunément et fidéliser par la peur et le pouvoir de nombreuses autres personnes.

 

Le call-out fonctionne un peu de la même manière.

C'est la loi "du plus fort.e", du plus "sonore", du plus "visible", "du plus grand nombre".

C'est aussi la loi de la primauté : la première personne qui publie voit son contenu devenir la vérité absolue sans que les personnes qui reçoivent l'information recherchent la vérité !

 

Avec l'arrivée d'internet et des différentes plateformes de réseaux sociaux, cette pratique du harcèlement en ligne s'est amplifiée.

Depuis août 2014, en France on peut donner un nom à cette pratique : cyber-harcèlement.

Le cyber-harcèlement est une infraction punie par la loi : Le cyber-harcèlement ou harcèlement en ligne ou cyber-intimidation est défini par l’article 222-33-2-2 du Code pénal, créé par la loi 2014-873 du 04 août 2014, comme suit : « Le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende lorsque ces faits ont causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ont entraîné aucune incapacité de travail. »

 

Grâce aux outils qu'internet propose et sous couvert d'anonymat (pseudos) ou d'agir en raison d'une cause, certaines personnes se sont répandues largement au harcèlement en ligne ou l'invective publique.

Le fait le plus récent de cyber-harcèlement massif est l'affaire de la Ligue du Lol dans le milieu journalistique français qui a duré 10 ans, où un groupe d'hommes influents (blancs) se sont adonnés à cette pratique pour régner en maîtres sur les différents organes de la presse qu'ils occupaient.

 

De mon côté, je me suis aperçue que les réseaux sociaux donnent de nouvelles opportunités aux individus d'exprimer leur colère ou leur mauvaise foi !

Il y a une énorme différence entre inviter des gens à changer d'opinion et leur forcer la main.

Le call-out par sa pratique tente de persuader les autres par la violence en leur imposant une vérité souvent distordue, qui utilise la dissimulation et la complexité de certaines situations.

Il est souvent pratiqué par les personnes qui détiennent "l'autorité, la légitimité, la confiance" des autres !

 

Ce que je trouve dangereux et néfaste dans cette pratique du call-out et de la cancel culture c'est que les personnes qui le pratiquent se croient investies de faire le bien.

Elles n'exercent pour autant pas leur droit de réserve pour en mesurer les enjeux et les conséquences que cela implique.

 

Je suis persuadée que même en ayant une "raison valable" de vouloir dénoncer les actions d'une personne qu'il existe d'autres moyens de le faire.

Je reste convaincue qu'il existe une autre solution que de répandre une rumeur à propos d'une personne pour résoudre des problèmes et des querelles interpersonnelles.

Je sais que l'on va m'opposer le fait que la "justice" ne fait par correctement son travail et que par conséquent il ne reste pas d'autres alternatives que la justice personnelle ou numérique.

Ce que je réponds à ce type d'argument, c'est que même si la justice n'apporte pas son soutien face à certaines situations, il est toujours possible de se retourner auprès de proches, ami.e.s, associations ou organismes qui peuvent trouver des solutions à des litiges, à des querelles ou à des oppositions.

 

Puis avant l'arrivée d'internet, les personnes avaient des discussions réelles.

Non seulement, il était plus facile d'établir le contact avec les autres même en cas de désaccords.

La négociation et le partage des idées mêmes différentes restaient possibles.

De nos jours, tout est sujet à interprétation et souvent à interprétation négative sans opportunité de laisser la place  à la contradiction qui est naturelle.

Désormais, nous nous exposons à du harcèlement, au "ghosting" sans explication, à la diffusion de fausses informations et à des dénonciations publiques pour un commentaire, une parole mal interprétée, une prise de position.

Plus encore, les problèmes intimes et personnels ont trouvé une place privilégiée à l'exposition si bien que les réseaux sociaux deviennent le théâtre par lequel les personnes règlent leurs histoires intimes et personnelles en prenant à partie et à témoin leur audience !

 

L'idée par laquelle les réseaux sociaux auraient faciliter les rapports humains est totalement fausse.

Bien au contraire, ils les complexifient et les corrompent.

Nous devons faire de plus en plus face à des personnes qui veulent avoir raison, sont en fuite dès qu'iels se trouvent en opposition avec d'autres et veulent à tout prix avoir raison et être reconnu.e à faire le bien jusqu'à nuire à d'autre de manière publique !

 

On peut de façon certaine dire que les réseaux sociaux ont amplifié ce comportement de la dénonciation que l'on pouvait retrouver avant mais pas avec autant de force et de conséquences.

Je m'explique : avant quand on avait une opinion négative à répandre au sujet d'une personne cela ne dépassait pas plus loin que notre cercle proche.

Désormais on peut le faire sur facebook, twitter et instagram et donc cette opinion négative est vue par de nombreuses personnes et peut être partagée à l'infini !

Le fait de dénoncer a toujours fait partie des solutions pratiquées par les personnes comme pour dénoncer une injustice, manifester un désaccord politique mais le call-out, selon moi, touche plus la personne et l'individu en lui-même !

 

 

***

 

 

Pratiquer le call-out c'est aussi s'exposer en donneur.se d'alerte tout en prenant le risque d'être poursuivi.e pour diffamation ou dénonciation calomnieuse.

 

Sandra Muller, l'initiatrice du hastag "balancetonporc" a été condamnée par la justice à 15.000 € d'amende "pour avoir diffamé l'homme qu'elle accusait de harcèlement !"

Je mets pour avoir diffamé entre guillemets, car je reste bien lucide qu'en ce qui concerne les violences faites aux Femmes le travail de la reconnaissance du statut de victime est fastidieux dans des sociétés patriarcales qui commencent tout juste à en prendre conscience et à les condamner !

 

Dans cette affaire, ce que le tribunal a retenu ce sont les limites admissibles de la liberté d’expression et que certains propos ont plutôt à faire à des attaques personnelles qu'au rétablissement d'une justice et la dénonciation d'une infraction ou d'un comportement dangereux.

 

Pour ma part, je déplore la recrudescence de cette pratique qui se généralise et qui donne lieu à des comportements particuliers dont la peur, la quête de légitimité, la nécessité d'appartenir à un groupe.

Le fait d'être constamment surveillé.e et une énorme perte de liberté !

 

De plus en plus de personnes saisissent le call-out et la cancel culture pour dénoncer une personne.

 

On constate que plus la peur du call-out est forte.

Cela rend les personnes craintives et les poussent à garder le silence face à une "autorité" qui fixe les règles dont les limites ne sont pas définies et qui changent selon la personne cible des attaques !

Cette politique arbitraire a tout à voir avec un système dictatorial où le droit à l'erreur n'est pas permis et où l'épinglage et le bizutage sur place publique devient une norme en cas de faux pas et qui peut se retourner contre n'importe qui et à n'importe quel moment !

 

Je suis convaincue que nous pouvons infléchir cette tendance au call-out en nous adressant directement à la ou les personnes avec qui nous aurions un désaccord, une mésentente ou un litige.

Le "monde entier" n'est pas dans l'obligation de connaitre les raisons qui vous oppose à une autre personne.

Le call-out expose les personnes qui en deviennent la cible à des dangers réels qui peuvent mettre en péril la santé physique et mentale, avoir des conséquences économiques et morales sur le plan professionnel et sur l'entourage.

 

Utiliser le call-out systématiquement instrumentalise le statut de victime.

Statut qui est déjà très difficile à faire reconnaître, mais en le manipulant au travers du call-out et la cancel culture nous fait à terme nous éloigner des personnes qui seraient réellement des victimes et qui dénonceraient ce qu'elles ont subit et surtout nous éloignent de la vérité et de l'importance que cette vérité soit dite dans des sphères dites safe  !

 

Le call-out, en utilisant la force du groupe, appauvrit la pensée individuelle et mène le plus souvent à la prise de mauvaises décisions qui ont des conséquences néfastes, si ce n'est dramatiques parfois sur le plan humain (dépression, mise à l'écart), mais aussi au fait que les personnes qui le pratiquent s'y conforment pour faire partie de l'unanimité et n'expriment donc pas leur individualité !

 

J'ai pu le constater à plusieurs reprises pour avoir affirmé un avis inverse ou exprimer publiquement une opinion, ou juste être moi !

J'ai réalisé qu'il n'existait que deux positions possibles : "faire partie du groupe" et "ne pas faire partie du groupe".

Lorsque l'on est d'accord avec le groupe (qui est souvent le groupe dominant) tout se passe bien !

Or, dès que l'on est en désaccord !!! ATTENTION !!!

 

Etre en désaccord c'est s'exposer à être ostracisée, à être interpellée publiquement par les membres du groupe et à être intimidée !

Puis le recours aux mensonges, à la vérité sortie du contexte et aux fausses déclarations sont ouvertement acceptés car c'est devenu le meilleur outil de persuasion et de violences !

Dans ces différentes situations que j'ai pu observé, je me suis aperçue combien la bataille des égos est bien plus importante et que c'est une guerre de terrain pour plus de légitimité, de puissance et de reconnaissance !

 

J'avais espéré qu'avec ces outils que nous offrent les réseaux sociaux, nous tendions plus sérieusement et plus logiquement vers une justice sociale.

Or, je m'aperçois que même avec ces espaces les problèmes d’inégalité subsistent.

Celleux qui occupent des postes ou des positions dominantes ont tendance à y rester fermement installé.e.s, les dynamiques de classe voire de notoriété se jouent, et celleux qui appartiennent à une minorité et dont la voix a du mal à se faire entendre restent dans l'ombre car invibilisé.e.s par cette guerre d'égo !

C'est le jeu des chaises musicales et dont la place est toujours occupée par les plus privilégié.e.e.s, les plus sonores, celleux qui ont le plus d'autorité et d'influence !!!

 

Avec la culture du call-out et de la cancel culture, il y a cette constante à vouloir classer les personnes dans un rôle immuable dans lequel il est impossible de pouvoir en sortir ... une sorte de dictature de la pensée unique motivée par le groupe le plus fort et qui fait la loi et qui a autorité !

Encore cette binarité dont on a du mal à sortir : "le bien le mal, le bon le mauvais, le gentil, le méchant !"

Entre cette binarité, il y a tout un monde, toute la vérité, tout un champ à exploiter que les personnes ne veulent pas voir car cela leur demande de réfléchir, de faire marcher leur pensée, de prendre position honnêtement et objectivement !

La pauvreté intellectuelle doit cesser !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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