S.U.R.V.I.V.R.E

January 13, 2019

 

 

Ces dernières semaines, bien plus que certaines périodes de ma vie, il a été question de survie ...

 

La survie c'est un état familier pour moi ... je survis depuis l'âge de 11 ans ... depuis que j'ai été agressée sexuellement pour la première fois ... 

 

Je n'en dirai pas plus aujourd'hui ...

 

Je n'en dirai pas plus parce que j'en dis déjà beaucoup et que depuis l'ouverture de mon blog, je ne le disais qu'à demi mot ... et le moment est venu pour moi de dire les choses plus clairement.

 

Ces agressions ont scellé et ont mis fin à mon enfance ... ma vie a alors pris, contre ma volonté, un tournant irrévocable et a façonné à jamais celle que je suis devenue par mes blessures ...

 

Si on regarde la vue d'ensemble on se dit que je m'en suis sortie ...

 

Cependant, en regardant en détail, je garde des séquelles, des traumatismes, des comportements qui sont le résultat des agressions que j'ai subies pendant toute la durée de mon adolescence.

 

Pour avoir été victime, je peux dire que l'on ne sort jamais indemne.

 

Ce sont des plaies béantes qui, à certains moments, saignent encore à vif !

 

De victime on devient un.e SURVIVANT.E !

 

C'est la voix de tout.e.s les survivant.e.s ainsi que la mienne que je souhaite pouvoir entendre !

 

 

***

 

 

 

Ces dernières semaines ont été éprouvantes car j'ai eu l'impression que chaque personne, chaque titre de journaux, chaque commentaire me disait "Audrey get over it", "Ça va tu n'es pas morte", "Tu es bien maintenant" ...

 

Ces dernières semaines ont été éprouvantes et mes blessures se sont remises à me faire souffrir ...

 

POURQUOI ?

 

L'actualité concernant les violences masculines à l'égard des Femmes, des enfants ou des personnes vulnérables est malheureusement une actualité "qui ne connait pas la crise" et le traitement sociétal et médiatique qui en est fait est désastreux.

 

Cela a été des semaines éprouvantes quand j'ai eu connaissance il y a quelques mois du drame que traverse Cyntoia BROWN, que le décompte des féminicides avait tristement déjà repris dès le 1er janvier en France, que des hommes se donnent le droit d'évaluer les Femmes selon leur âge et leur attractivité sur le marché de l'amour selon leur origine ! 

 

Ces semaines ont été éprouvantes lorsque je lis le peu de considération qui est accordée aux victimes qui deviennent à mesure que les dialogues se poursuivent responsables des actes qui ont été commis à leur encontre.

 

Éprouvantes, car le soutien est difficile à obtenir de l'opinion publique qui reste irrémédiablement du côté du patriarcat et des hommes ...

 

Je suis peinée car le plus souvent l'opinion publique en appelle à la responsabilité des personnes victimes et je constate avec regret le peu de remise en question et d'accusation en ce qui concerne les hommes qui sont coupables de ces crimes ...

 

Je suis très peinée et éprouvée d'être témoin de toute cette violence et de l'impunité qui traverse les années et qui n'épargne aucune catégorie sociale et aucune origine.

 

Cela a été des semaines injustes également car il m'arrive d'être censurée par Facebook quand j'utilise l'invective "MEN ARE TRASH" pour décrire : 

 

- la toxicité masculine qui a des conséquences sur la vie de chaque Femme dans le monde en perpétuant des inégalités sociales et économiques,

 

- pour décrire la domination masculine (physique, économique et sociale) exercée par chaque homme que ce soit de manière consciente ou non,

 

- pour décrire la propension des violences commises par les hommes sur les Femmes et tous les autres êtres supposés leur être inférieurs,

 

- pour mettre en lumière la clémence dont bénéficie les hommes ainsi que l'impunité et la protection dont ils jouissent dans ces sociétés qui les érigent en chefs suprêmes.

 

Tout cela contribue à alimenter ma colère, ma déception et ma défiance en ce système.

 

***

 

J'ai bien entendu eu connaissance des documentaires concernant R.Kelly ...

 

Je m'étais dit que j'allais visionner les six volets composant le documentaire "Surviving R.Kelly" ... mais je ne m'en sens pas capable ... je sens et je sais que je vais m'effondrer tout à fait certaine que je vais trouver des similitudes dans la contenu avec ce que j'ai vécu ... je ne dispose actuellement pas de la force nécessaire pour m'exposer à cela ! (selfcare je me protège).

 

Pour autant, c'est avec un intérêt certain que je suis tout ce qui se passe en périphérie et force est de constater que la société est toujours plus prompte à protéger UN homme au détriment de victimes.

 

Encore plus, quand il s'agit d'un homme riche et puissant et encore plus quand les principales victimes sont des Femmes noires dont personne ne se soucie et que ces victimes sont pauvres ...

 

Qui se préoccupe des personnes pauvres ... PERSONNE !

 

Je ne suis pas en train de faire une échelle de la souffrance, je ne me résoudrai à un tel exercice.

Seulement, comme je le disais dans un précédent article, les Femmes noires sont invisibilisées dans les sociétés et cette invisibilisation s'opère également dans les violences dont elles sont victimes.

 

C'est en raison de cette invisibilisation que Tarana BURKE, Femme noire a longtemps été dans l'ombre alors qu'elle a créé le mouvement #metoo depuis 2007 en ce qui concerne les violences sexuelles.

 

C'est en raison de cette invisibilisation et la non considération pour les Femmes noires que des artistes ou mêmes d'illustres inconnu.e.s n'ont pas valorisé la parole des premières victimes de R.Kelly ... 

 

C'est aussi en raison de l'allégeance raciale que certain.e.s pensaient que jamais un homme comme R.Kelly ne serait dénoncé compte tenu notamment du contexte américain concernant l'incarcération de masse des hommes noirs (documentaire The 13th d'Ava DuVERNAY sur les rouages et l'explication de l'hyper criminalité des hommes noirs).

 

Cette allégeance est aussi valable et a été constatée en France pour les mêmes raisons (voir l'affaire Tarik Ramadan récemment).

 

C'est en raison de ce silence précieusement conservé que des Femmes, de très jeunes Femmes et des adolescentes n'ont pas pu avoir la protection qu'elles auraient été en droit de recevoir parce qu'elles étaient noires.

 

C'est aussi en raison des stéréotypes qui sont appliqués à l'encontre des Femmes noires que le statut de victimes leur est difficilement accordé : le sort des Femmes noires ne susciterait pas de compassion, les Femmes noires seraient vénales et sont hypersexualisées dès leur entrée dans l'adolescence. 

 

Par ailleurs l'éducation des jeunes filles en matière d'éducation sexuelle reste très pauvre et n'est pas suffisante.

 

Quand elles ne sont pas effrayées sur ce que serait la vie sexuelle et de la négativité d'être active sexuellement, aucune éducation leur est donnée, ce qui contribue à ce qu'elles ne soient pas capables de distinguer ce à quoi ressemble une agression et ce qu'est le consentement.

 

De plus, les jeunes filles sont très souvent en contact avec leur agresseur qui se révèle être un membre de la famille, de l'entourage et/ou bien une personne qui possède un ascendant d'autorité et/ou financier vis à vis d'elles ou de leur famille.

 

Ces situations favorisent que les victimes deviennent méfiantes et peinent à dénoncer les actes dont elles sont victimes se sentant prises au piège par ces différents contextes et que la réponse judiciaire reste faible voire inexistante car les autorités ne les croient pas.

 

***

 

J'ai beaucoup de colère en moi ... je crois que je parle souvent de ma colère.

Un jour viendra où je trouverais les mots exacts pour la décrire ... et je vous les partagerai.

 

Actuellement, ma colère ne trouve pas le repos car non seulement l'actualité ne la calme pas mais aussi parce que dans ma vie de Femme je suis exposée pour avoir été victime, je reste exposée à des violences dans l'espace public (j'en parlais en storie) et je suis témoin de toutes ces violences.

 

Il est vrai que ces dernières années, j'ai pu constater que la parole des victimes se fait plus entendre.

LEURS VOIX se font plus audibles parce que c'est une parole qu'elles ont arrachée et qui s'expriment par la voie de témoignages individuels.

 

Je déplore cependant que ces paroles ne soient pas suffisamment valorisées et entendues car la réponse sociale et judiciaire reste pauvre :

 

- la responsabilité des auteurs de crimes reste relative : l'arsenal judiciaire ne semble pas répondre aux besoins des victimes et la responsabilité des criminels même dans la réparation reste peu adaptée (gestion des traumatismes des victimes (également des enfants quand les victimes en ont), indemnisation, relogement ...)

 

- l'incarcération semble être un moyen limité (la privation de liberté pendant une certaine durée) ne parait pas être un moyen dissuasif lorsque l'on regarde les chiffres des violences commises à l'égard des Femmes, des enfants et des personnes vulnérables qui restent inquiétants et alarmants ainsi que le taux de récidive.

 

Une réponse sociale efficace serait à mon sens un appel de la société civile en ce qu'elle interpelle de façon individuelle chaque citoyen.n.e car nous sommes tout.e.s responsables.

 

Une réponse sociale efficace serait à mon sens de nommer de façon reconnaissable la source de cette violence à commencer par le SEXISME et le PATRIARCAT qui donne le pouvoir aux hommes de commettre d'indicibles crimes !

 

Identifier clairement le SEXISME et le PATRIARCAT comme étant les responsables des violences masculines permettrait de mettre en oeuvre des moyens en matière de prévention, de travailler de consort au changement des mentalités et en la reconnaissance des victimes et mieux répondre à leur réparation, proposer de vraies mesures concernant l'EDUCATION !

 

 

 

 

SURVIVRE :

 

Comment survit-on dans un monde où les victimes voient sous leurs yeux des mécanismes tels que :

 

- l'impunité,

- l'absence de réponse des acteurs socio-judiciaires,

- la culture du viol qui participe à la protection des auteurs de crimes.

 

Quand les victimes décident de parler et de dénoncer c'est en étant conscientes que le chemin qui les sépare de la reconnaissance, de la guérison et de l'apaisement (si elles le trouvent) sera long et sinueux !

 

En ces termes la survie s'avère une charge car il n'est pas facile de la mettre en oeuvre.

 

J'ai recensé une certains nombres de moyens qui peuvent être retenus pour survivre :

 

On survit à ces épreuves en trouvant le soutien et l'écoute de sa famille et/ou de ses proches quand iels peuvent être des interlocuteurs.trices.

 

On survit grâce aux associations qui peuvent accompagner les victimes et leurs familles.

 

On survit en ayant l'assistance de professionnels tels que des psychologues ou autres professionnels de la santé mentale qui aident à la reconstruction et à la reconnaissance personnelle de leur statut et en nommant les séquelles causées par de tels traumatismes.

 

On survit en ayant des modèles, en partageant (quand cela nous est possible) son expérience avec d'autres survivant.e.s.

 

On survit en conservant l'espoir qu'un changement social est toujours possible.

 

On survit aussi grâce à des actions menées par des activistes et dans le domaine de la réparation et la célébration des Identités j'ai trouvé le projet de Fannie SOSA (@fanniesosalove) et Niv ACOSTA (@nivacosta) "Black Power Naps" super touchant et réconfortant.

 

Ce projet est puissant en ce qu'il représente des personnes noires et racisées mais aussi appartenant à la communauté Queer, personnes qui souffrent d'un manque de représentation et qui figurent dans les premières victimes d'une société patriarcale, inégale et raciste.

 

 

 

 

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

ME CONTACTER:

© 2023 by Lovely Little Things. Proudly created with Wix.com