Tu es noir mon fils ...

January 10, 2018

Mon fils a treize ans ...

L'âge où normalement ses préoccupations devraient se résumer au collège, les copains, le foot et le début des amourettes !

 

Mon fils a 13 ans...

Durement et frontalement, j'ai dû lui parler de racisme !

 

Mon fils a treize ans ...

Durement et frontalement, j'ai dû lui dire que le fait d'être un garçon noir allait lui valoir beaucoup de désagréments !

 

Mon fils a treize ans ...

Durement et frontalement, à l'âge où la plupart des adolescents sont insouciants, mon fils a subi il y a quelques jours son premier contrôle d'identité par des agents de Police !!!

 

Je me suis retrouvée impuissante quand j'ai appris cet événement qui l'a marqué depuis ...

 

Je dis premier parce que je suis bien consciente que mon fils connaîtra bien d'autres "contrôles"!

 

Mon fils a treize ans et même si sa stature se rapproche de jour en jour à celle d'un homme, il n'en reste pas moins encore un enfant !

 

Mon fils a treize ans ...

Durement et frontalement, j'ai dû dire à mon fils que cet événement qu'il a vécu d'autres adolescents ne le connaîtront jamais... ni au cours de leurs vies d’adolescents, ni au cours de leurs vies d'adultes ... contrairement à lui !

 

Pourquoi ???

 

Parce que mon fils est noir !

 

***

 

A l'heure où j'avais commencé la rédaction de cet article, le bad buzz de la célèbre marque de prêt-à-porter n'avait pas surgit ... mais voilà encore un bad buzz qui prend (encore) tout son sens et qui image parfaitement mes propos contenus dans mon billet :

 

La déshumanisation des corps et le racisme quotidien que vivent les femmes et les hommes noir.e.s en France et ailleurs.

 

Cette déshumanisation est omniprésente dans l'esprit collectif ce qui vaut par exemple :

 

- à ce que les personnes noires soient comparées allègrement à des primates ;

- à ce que les cheveux des femmes noires associés à une crinière de lionne (les lionnes n'ont pas de crinières...) on ne compte plus les articles de presse qui les décrivent ainsi ;

- "l'angry black woman" c'est à dire la femme noire à fort caractère et toujours en colère ;

- à ce que qu'on touche allègrement les cheveux des personnes noires qu'elles soient adultes ou enfants dans l'espace public ! (la dernière fois où cela m'est arrivée c'était au Festival WE LOVE GREEN 2017, un homme a touché mes cheveux) !

 

Les corps des personnes noires ne sont jamais respectés.

 

Cette déshumanisation s'opère également dans la manière dont est traitée médiatiquement la situation des personnes migrantes qui trouvent la mort en Méditerranée (photos, vidéos).

 

Egalement, la situation de la mise en esclavage et la vente d'êtres humains révélées en Libye récemment où des photos et des reportages où ont été exposés des corps noirs sans préserver l'anonymat ... 

 

On s'habitue à voir des corps noirs maltraités, meurtris, en souffrance constamment !

 

***

 

 

Sur ce visuel, tandis que le petit garçon noir "est le singe le plus cool de la jungle" (noter que c'est bien d'être cool, c'est déjà cela), le petit garçon blanc incarne la survie, la domination et l'expertise !

 

Ce choix n'est pas fortuit ... car sur ce visuel ... c'est bien le garçon noir qui est le singe et non le petit garçon blanc.

 

La déshumanisation des corps noirs c'est arriver de considérer flatteur de décrire une femme noire comme une : panthère, une lionne, une gazelle ou même une tigresse et les hommes noirs au colosse, à la bête, au gorille !

 

Tous ces qualificatifs, toutes ces comparaisons avec des animaux ont perpétré et fortement contribué à la négation de l'humanité des personnes noires...

 

Si bien qu'encore aujourd'hui cette déshumanisation contribue et perpétue la libre circulation de clichés et de stéréotypes héritage de la période esclavagiste et coloniale !

 

Durant la période esclavagiste et coloniale, l'humanité des populations mises en esclavage et ensuite colonisées leur était refusée.

 

Durant l'esclavage les personnes exploitées ne pouvaient prendre aucune décision, elles étaient soumises à l'autorité de leurs propriétaires, ensuite pendant la période coloniale les peuples colons prenaient toutes décisions politiques et sociales sur les peuples colonisés.

 

Aux Etats-Unis, il a fallu une lutte pour les droits civiques qui mette fin à la ségrégation dont la population noire était soumise depuis l'abolition de l'esclavage et qu'elle puisse accéder, entre autre, par exemple au droit de vote, fréquenter les mêmes écoles que la population blanche ... !

 

Partout où il y a eu des colonies, ces situations d'ostracisation du peuple colonisé s'est exercée : Afrique du Sud, Australie, USA ...

 

Ne pas considérer les personnes noires comme humaines voire plus proches des animaux a permis toutes les exactions que l'on connait à leur égard : exil forcé, déracinement, commercialisation de leur corps et de leur force de travail, travail forcé, viols, tortures, meurtres, ségrégation, apartheid ...

 

En 2018, les personnes noires se voient toujours à réclamer LEUR HUMANITÉ, il n'est pas rare de voir par exemple Serena WILLIAMS comparée à une bête, Rihanna a une tigresse ou Beyoncé à une lionne dans la presse !

 

 

 

 

***

 

 

Le racisme comment se manifeste-t-il de nos jours, quels visages a-t-il ... Est-il frontal ou bien insidieux ?

 

Mon fils a treize ans ...

Durement et frontalement, j'ai dû dire à mon fils TU ES NOIR mon fils.

 

J'ai dû dire à  mon fils que le seul fait d'être noir l'assimile à une personne dangereuse, dotée d'une force surhumaine qui lui vaudra la crainte et la méfiance.

 

J'ai dû dire à mon fils qu'on lui collera un label même avant qu'il n'ait le temps de faire ses preuves !

 

J'ai dû dire à mon fils qu'il lui arrivera qu'on l'assimile à un animal (de la jungle de préférence) parce que nous personnes noires nous ne sommes pas des humains !

 

J'ai dû dire à mon fils que la société dans laquelle nous vivons allait constamment le mettre à l'épreuve en lui niant son identité.

 

Qu'il aurait constamment à prouver son identité au moyen de sa carte nationale d'identité ! et même s'il est français, né de deux parents originaires d'une île colonisée et depuis départementalisée la première représentation qu'on a de lui est un étranger, cet autre que le pays dans lequel nous vivons ne sait pas trop quoi faire !

 

J'ai dû dire à mon fils que sa scolarité serait un parcours du combattant parce que même si ses capacités sont certaines, elles lui seront souvent discutées !

 

Que ce racisme débute le plus souvent au sein de l'école pour finir par sévir PARTOUT ...

 

Mon fils est en 4ème, il est dans l'un des meilleurs collèges publics des alentours suite à une demande de dérogation.

 

Il est en 4ème et déjà, l'équipe professorale agite le spectre du Lycée Professionnel !!!

 

L'Education Nationale a trouvé la réponse systématique pour les jeunes hommes (noirs  ou racisés) à qui on trouve toutes les difficultés d'apprentissage possibles et inimaginables qui s'appelle les lycées professionnels !

 

En ne promouvant peu le redoublement, qui peut-être une seconde chance, on assiste à ce que les jeunes collégien.n.e.s en difficulté soient dirigé.e.s vers l'enseignement professionnel à la sortie de la 3ème.

 

Il suffit juste de voir la population de ces lycées, où ils sont situés et les véritables débouchées : très peu de métiers à responsabilité, des fonctions de support et surtout des filières qui éloignent ces jeunes de la filière générale qui se révèle être compliquée à réintégrer !

 

Je n'ai pourtant pas l'âme complotiste ... je vois, l'analyse et je fais des constats !

 

Je n'ai rien contre l'enseignement professionnel quand il s'agit d'un vrai projet du/de la jeune.

 

Quand cette orientation est imposée par l'équipe éducative, je n'y vois rien de bon et je ne la trouve pas adaptée à mon fils.

 

J'ai dû donc mettre en garde mon fils sur ce que le collège représente pour lui... une mise en sursis de son projet scolaire ayant été déjà été dirigé par ses professeurs !

 

J'ai aussi dû dire à mon fils que ses mouvements et sa libre circulation s'en trouvera largement modifiés parce qu'il sera susceptible d'être arrêté et questionné par la Police et ce sans raison !

 

Ce racisme institutionnel, la France a dû mal à l'admettre tellement il est normalisé.

 

Il ne suffit pas de se dire que lorsqu'on veut on peut ! parce que même lorsque l'on veut et que l'on peut les obstacles ne sont jamais loin.

 

En réalité, le système est une énorme machine et quand on ne dispose ni de l'entourage et de la volonté nécessaire ... il est facile de se laisser happer et reproduire des schémas et confirmer les clichés !

 

Le racisme nous sommes nombreuses et nombreux à le vivre en France.

 

Ce racisme qui embarrasse la France parce qu'elle ne veut ni y faire face, ni le reconnaître.

 

Je suis une femme noire et j'expérimente le racisme quotidiennement pour l'avoir vécu moi-même !

 

Je suis une femme noire mère d'un jeune garçon noir et j'ai peur pour lui !

 

J'ai peur que désormais la moindre de ses sorties puissent devenir dangereuses pour lui.

 

J'ai peur parce que je réalise que mon fils ne peut pas librement circuler "à cause" de ce qu'il représente pour la société : une menace, une crainte, un délinquant !

 

J'ai peur et je vis maintenant dans la crainte que mon fils puisse être arrêté, molesté juste pour ce qu'il est !

 

En France, on parle des Etats-Unis et des violences policières, du mouvement Black Lives Matter qui a été créé suite aux trop nombreux mort.e.s au sein de la communauté noire au cours d'interventions policières, l’incarcération de masse et la très forte criminalisation de la population noire aux USA (The 13th documentaire d'Ava Duvernay sur Netflix)...

 

En attendant, on dénombre 18 morts en 2017 en France au cours d'interventions policières sur le territoire ou actes commis par des policiers.

 

Entre novembre et décembre 2017, 3 jeunes hommes noirs sont décédés lors d'interpellations ou de contacts directs avec la Police.

 

Pour rappel, Adama TRAORE est décédé dans les locaux de la gendarmerie de PERSAN BEAUMONT le 19 juillet 2016 et 1 an et demi après nous ne connaissons pas les circonstances exactes de son décès et aucun gendarme n'a été mis en cause !

 

De mon côté, j'ai vu, j'ai entendu et j'ai même assisté à une arrestation abusive dont j'étais témoin direct ...

 

J'ai aussi un frère qui lui aussi m'a fait part "d'anecdotes"...

 

Intimidations, insultes, humiliations, coups ou bien encore garde à vue injustifiées !

C'est le lot quotidien de jeunes hommes qui auraient l'apparence un peu trop "urbaine" !

 

Cette crainte et ces abus de pouvoir et l'impunité des forces de Police ne sont pas des légendes et sont même la réalité !

 

Mon fils a 13 ans et je m'indigne face à ces situations qu'il sera amené à vivre et son seul "tort" est de devenir un homme noir !

 

Mon fils tu es noir ... et moi ta mère, je ne sais comment te protéger !

 

 

 

 

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